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COHEN Déborah

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Mon projet durant cette année de délégation à l’IHMC s’intitule « Faire entendre la voix du peuple : dire vrai et dénonciation (de l’Ancien régime au Directoire) ». Il poursuit mon questionnement ancien autour du rapport, à la parole, à l’écrit, au politique et à l’État des exclu.e.s de la politique officielle, en prenant au sérieux la prétention de la Révolution à faire de la dénonciation un geste non pas crapuleux, mais de participation civique. À travers la dénonciation aux autorités, lorsqu’elle est de l’initiative du sujet dénonciateur, s’exprime une volonté de participation au destin de l’État, dont les modalités dépendent des possibilités et des impossibilités de chacun et de chacune selon les périodes. Durant cette année je compte mettre l’accent sur trois volets de ce projet.

Un premier volet porte sur la surveillance des autorités, telle que l’appellent de leurs vœux Marat ou Babeuf (autant de figures de censeurs qui font de la dénonciation un acte de souveraineté du peuple). Quelques travaux existent sur la dénonciation des députés, je me concentrerai donc sur les critiques portées aux administrations municipales et adressées aux départements, districts ou autorités centrales, ainsi que sur la dénonciation des soldats contre leurs chefs.

Un second volet concerne la suspicion que font naître bien des gestes ordinaires. C’est au déploiement d’une herméneutique de l’ordinaire, d’un déchiffrement permanent du quotidien, que l’on s’intéressera. Ce type de dénonciation constitue l’essentiel des cas relevés dans les archives des tribunaux criminels de département et dans celles des commissaires de police parisiens. On y perçoit des interprétations du monde et leur accès (ou non) à un statut institutionnel. Les interprétations qui sont recevables comme dénonciations peuvent être comprises comme les interprétations institutionnellement légitimes dans la société révolutionnée, de sorte qu’entrer dans l’histoire de la Révolution par ces sources-là est une manière de voir par en bas ce que c’est que l’idéologie révolutionnaire. On s’intéressera à la suspicion touchant les accapareurs, les prêtres réfractaires ou les nobles, qu’ils soient émigrés, parents d’émigrés ou non.

On se propose enfin de tenter une estimation statistique de l’évolution du geste dénonciateur pour la période 1789-1795. En raison de la multiplicité des instances impliquées dans la dénonciation (il est pratiquement possible de dénoncer à n’importe quelle autorité) et des jeux de balancier entre centralisation et décentralisation, la démarche n’est pas évidente mais sera mise en œuvre à partir des archives du Comité de Sûreté générale et du Comité de Salut public ainsi que des papiers de l’Accusateur public Fouquier-Tinville.

Voir sa fiche sur le site du GRHis

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