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LAVIE François

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Sujet de thèse : « L’Europe plaisante. La plaisanterie entre pratiques de l’écrit et oralité à l’époque moderne (France, Italie, Angleterre. XVIe-XVIIe siècles) ».
Directeur de thèse :
Jean-Marie Le Gall.
Première inscription :
22/09/2015.

Projet de thèse : 
Si la tradition littéraire de la facétie a fait l’objet d’une attention soutenue chez les historiens de la littérature depuis le colloque de Goutelas de 1977, on reste peu renseignés sur l’histoire sociale, culturelle et religieuse de la plaisanterie à l’époque moderne. Ce travail se propose de l’éclairer à partir de l’étude d’un corpus de recueils de plaisanteries – désignées par les termes « bons contes » ou « bons mots » en France, facetie, burle et motti en Italie, jests ou conceits en Angleterre - imprimés ou manuscrits, produits au XVIe et au XVIIe siècles. L’enquête est largement fondée sur les enseignements de l’histoire du livre et de l’écrit développée par Henri-Jean Martin et Roger Chartier, et s’orientera prioritairement vers l’étude de la production, la circulation et la réception des recueils de plaisanterie et de leur contenu.

Un des objets principaux sera la constitution d’une base de données des éditions en quatre langues (latin, français, anglais, italien), qui permettra de tracer les dynamiques éditoriales, la géographie de l’imprimé dans cette portion du marché du livre, les dynamiques de traduction des textes, le profil social des « éditeurs » (imprimeurs et libraires), « auteurs », compilateurs et dédicataires des ouvrages. Un autre aspect, qui nécessitera le recours à des sources variées (catalogues de ventes, archives des libraires, livres eux-mêmes) concerne la circulation, la distribution, et la diffusion sociale des livres de plaisanteries, à l’échelle internationale comme au sein des espaces nationaux. Les foires internationales, les réseaux de librairie, le marché du livre d’occasion, le colportage, sont autant de vecteurs de cette mobilité du livre. Il faut aussi prendre en compte des facteurs limitants : les censures des autorités civiles et ecclésiastiques, la régulation des affaires de librairie par les autorités et les professions du livre. En dehors de ce corpus imprimé, l’étude de la production manuscrite, illustrée au XVIIe siècle par Pierre de l’Estoile en France et Sir Nicholas L’Estrange en Angleterre, permettra de montrer concrètement comment se combinent différentes sources, orales et écrites, dans le travail de compilation des histoires. Le livre de plaisanteries apparaît en effet comme un objet situé au carrefour des pratiques de l’écrit, de l’oralité et des sociabilités.

L’étude de trois pays (France, Angleterre, Italie) permettra de prendre en compte la dimension transnationale des phénomènes évoqués plus haut, et éventuellement d’opérer des comparaisons entre les corpus nationaux, en termes quantitatifs et qualitatifs. La plaisanterie peut être étudiée à travers le concept de « processus de civilisation » emprunté à Norbert Elias : les traités de civilité et d’autres textes normatifs signalent les lieux, les situations et les manières admises pour plaisanter, railler ou rire. Comment les normes évoluent-elles en ce domaine ?Les différences confessionnelles jouent-t-elles un rôle après la Réforme ? En France et en Italie, la Réforme catholique implique-t-elle des attitudes nouvelles à l’égard de la plaisanterie ? Plaisante-t-on de la manière selon que l’on est catholique, anglican, calviniste ? Comment ces comportements sont-ils régulés ? Si une attitude moins permissive semble s’imposer dans le courant du XVIe et au XVIIe siècle, on peut aussi remarquer que les acteurs des réformes – catholique ou protestante – utilisent à des fins de polémique, de propagande ou d’éducation le matériau des recueils de plaisanteries. Les réformateurs anglais empruntent aux recueils (jestbooks) de leur époque, tout comme le calviniste Henri Estienne quelques décennies plus tard (Apologie pour Hérodote, 1566) ou le jésuite François Garasse dans sa Doctrine curieuse au début du XVIIe siècle.

Ces procédés d’emprunt ne sont pas les seuls usages que les contemporains font de ces ouvrages. Les lecteurs ordinaires poursuivent des fins plus classiques, d’ailleurs revendiquées par les éditeurs des textes : divertissement, purgation de la mélancolie, exercice contre l’ennui, apprentissage d’une langue étrangère ou des catégories de la rhétorique. Nous nous situons ici au cœur des usages variés du livre et des pratiques de lecture et de réception des textes, dans leur dimension matérielle et culturelle. Cette approche doit être complétée par une étude attentive de la « mise en texte » (H.-J. Martin) des collections et de leur contenu même : quels sont les thèmes récurrents et les thèmes tabous ? quelles représentations de la société d’Ancien Régime ces textes nous fournissent-ils ? Quelles distinctions sociales, religieuses, ethniques, sexuelles construisent-ils ?

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