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Hommage à Michel Vovelle

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Michel Vovelle nous a quittés samedi 6 octobre 2018…

L’IHRF et l’IHMC sont en deuil.

Professeur d’histoire de la Révolution française et de l’Empire entre 1982 et 1993 à l’université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, il fut nommé dés 1983, Directeur de la mission scientifique qui devait préparer le Bicentenaire.

Ayant dirigé ou organisé ou participé à plus de 550 colloques durant ces années, il fut un missionnaire inlassable des idées fondatrices de notre pacte républicain, qu’il défendit sans faille, assumant la direction de l’Institut d’Histoire de la Révolution

française, fondée en 1937 par Jean Zay, sur la proposition de Georges Lefebvre.

Il rayonna dans le monde entier, formant des dizaines de doctorants et eut la joie d’avoir plus de 30 maîtres de conférences ayant travaillé sous sa Direction dans de nombreuses universités françaises, dont nombre devinrent professeures et professeurs, en exercice aujourd’hui.

Il fit grandir Paris I, et sa visibilité dans le monde des historiens, ouvrant le chantier de l’histoire des émotions, avec son histoire des mentalités, ouvrant le chantier de l’histoire des images, ouvrant le chantier de l’impact de la Révolution française dans le monde entier, trois chantier qui irriguent aujourd’hui les travaux les plus novateurs des jeunes historiens de la Révolution.

Il offrit au monde universitaire la plus belle image de l’université française en 1989, en organisant le congrès mondial du Bicentenaire en Sorbonne, réunissant autour de lui plus de 300 chercheuses et chercheurs du monde entier.

Il ne cessa jamais de travailler de façon acharnée, authentique modèle d’intégrité pour tous ceux qui l’ont connu, nous offrant encore l’année dernière deux ouvrages ; sa bataille pour le bicentenaire, car il le disait : « la Révolution et son histoire sont des combats », et ses mémoires , comme dernière offrande de son intelligence subtile, et toujours pointue.

Il fit grandir toute l’Histoire moderne, par son chantier sur l’histoire de la mort, par son chantier sur l’histoire religieuse et les longues discussions qui s’en suivirent sur le concept de déchristianisation. Il participa au chantier de l’histoire de la fête. Il fit rayonner dans tout le champ historique le concept d’histoire des mentalités. Il ouvrit le chantier de l’histoire des images.

A Aix-en-Provence, avec Philippe Joutard, avec Maurice Agulhon, avec Georges Duby, entre autres, il fit partie de cette école qui a donné à l’université du Sud-Est, une remarquable visibilité scientifique.

Historien du xviiie siècle et pleinement moderniste, il aimait à dire et répéter à ses étudiants que pour comprendre la Révolution, il fallait d’abord connaitre l’Ancien Régime plus que Tocqueville…

Historien rigoureux, affamé d’archives, il n’en était pas moins un citoyen qui ne cacha jamais ses engagements radicaux pour la liberté, l’égalité et la fraternité, par une fidélité sans faille tout au long de sa vie au Parti communiste français.

Michel Vovelle a laissé une empreinte forte au sein de l’IHRF, formant inlassablement les étudiants, du L1 sur le site de Tolbiac aux séminaires doctoraux du samedi après –midi. Il ne faillit jamais. Directeur des thèses d’Anne Jollet, d’Antoine de Baecque, de Christian-Marc Bosséno, de Sophie Wahnich, de Michel Biard, de Philippe Bourdin, d’Olivier Coquard, de Dominique Godineau, et de tant d’autres qui font l’histoire de la Révolution aujourd’hui, il prodigua sans discontinuer ses conseils, portant toute une génération de chercheuses et chercheurs, après en avoir formé une autre auparavant à Aix-en -Provence.

Indéfectiblement attaché à l’IHRF il fit don de sa bibliothèque à l’Institut, et contribua ainsi fortement à l’obtention du label d’excellence Collex reçu l’année dernière, pour la qualité de la diversité et de la conservation de cette collection de livres sur la Révolution française.

Au fond Michel Vovelle est demeuré fidèle au premier professeur en Sorbonne , Alphonse Aulard qui pensait que pour comprendre la Révolution il fallait l’aimer, cela ne voulait pas dire, qu’il ne fallait pas conserver une distance critique mais lui reconnaitre l’immense transformation de la France et son entrée dans l’âge contemporain par l’invention de la République démocratique comme horizon d’idéalité auquel parvenir.

La vivacité des travaux sur la Révolution française aujourd’hui à Paris 1 tant dans le domaine des histoires économique, militaire, scientifique et politique, exprime amplement la place de notre université dans ce champ d’études des plus vivants sur les campus du monde entier.

Observateur avisé et exigeant de l’actualité, Michel Vovelle en était persuadé : la Révolution n’est pas terminée.

L’histoire moderne, l’école historique française subissent une grande perte. Il nous revient de porter sa mémoire et de l’enseigner.

Pierre Serna

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