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Traîtres – renégats – rebelles. Armes discursives et figures sociales de la déloyauté (Europe, 15e-19e siècles)

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Affiche de l'atelier

Vendredi 17 novembre 2017, 9 h 30 - 18 h

Salle Pierre Belon
Bibliothèque universitaire
Université du Maine
Avenue Olivier Messiaen
Le Mans

Workshop international organisé par :
Rachel Renault (Le Mans Université/CERHIO)
Sébastien Schick (Université Paris 1/IHMC)

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Programme de l’atelier

Programme

9 h 30 - 10 h
Traitres – renégats – rebelles : quelques questions introductives
Rachel Renault (Le Mans Université/CERHIO) et Sébastien Schick (Université Paris 1/IHMC)

10 h - 10 h 50
Conjurer la défaite : le procès des trois gouverneurs de la Capelle, du Catelet et de Corbie en 1636
Paul Vo-Ha (Université Paris 1/IHMC)

10 h 50 - 11 h 20 : pause café

11 h 20 - 12 h 10
Modes politiques d’adresse à l’État : le traître et le parrésiaste en procès (Babeuf vs Grisel, fév-mai 1797)
Déborah Cohen (Université de Rouen/GRHis)

12 h 10 - 14 h : pause déjeuner

14 h - 14 h 50
“Excellent Citizens” or “Traitors to their Country”. The Social Figure of the Smuggler in Mid-Eighteenth Century Britain
Hannes Ziegler (DHI Londres)

14 h 50 - 15 h 40
« Nous implorons assistance et protection du bras de la Justice contre Alvise Torcellan ». Quand l’exercice de la pêche lagunaire à Venise devient trahison (deuxième moitié du xviiie siècle)
Solène Rivoal (Aix-Marseille Université/Università Ca’Foscari)

15 h 40 - 16 h 10 : pause café

16 h 10 - 17 h 00
« Ne sçachant que c’est de trahison ny infidelité ». Pratiques et interprétations de la loyauté dans le service diplomatique (1609-1624)
Camille Desenclos (Université Haute-Alsace/CRESAT)

17 h 00 - 17 h 50
Traîtres à la communauté, rebelles au Roi. Réaménagement des villes et conflits sociaux après une catastrophe (Italie du Sud, fin xviiie siècle)
Domenico Cecere (Université Federico II, Naples / Institut d’Études avancées, Lyon)

17 h 50 - 18 h
Conclusions

Présentation

Prenant la suite des travaux de la sociologie de l’action, les historiens ont insisté, ces dernières années, sur la multiplicité des rôles sociaux incorporés par les agents à l’époque moderne, et sur l’importance de ces rôles dans la détermination de leurs actions : de l’élite politique aux simples roturiers, ils étaient tous sujets d’un prince, membres de corps, de communautés, ou de corporations, fidèles d’une religion, et insérés dans un ensemble de relations sociales de parenté, d’amitié, de clientèle et de patronage qui structuraient en profondeur leurs vies ordinaires et leurs comportements. Or, on sait aussi à quel point ces différents rôles, et les devoirs qui leur étaient associés, pouvaient entrer en contradiction les uns avec les autres : il n’était pas rare de s’opposer à son prince pour des raisons religieuses, de suivre son patron ou son ami dans une révolte face à ce même prince, ou de préférer la fidélité à la communauté villageoise au détriment du prince ou du seigneur.

L’historiographie a de longue date étudié la figure du traître, que ce soit à travers celle de l’espion, de l’ennemi de l’intérieur, du rebelle ou du faux-converti. En revanche, elle a moins fréquemment articulé entre elles ces différentes figures de l’infidélité. Elle a également rarement porté attention à la manière dont ces catégories étaient construites et mobilisées. Or, elles ne sont appliquées ni de manière uniforme, ni de manière systématique à toutes les situations où un agent choisit une fidélité plutôt qu’une autre. Enfin, si les trahisons éclatantes des Grands ont fait l’objet de nombreuses analyses, nous pensons qu’il est également essentiel de les mettre en regard des trahisons ordinaires intervenant « au ras du sol », dans les villes, les villages et les communautés.

Nous souhaitons donc interroger les configurations politiques et sociales dans lesquelles ces figures émergent et dans lesquelles ces désignations atteignent ou non leur but. On s’interrogera donc à la fois sur les moments particuliers où ces rôles, qui souvent coïncident, entrent en discordance, et sur la manière dont sont qualifiés les choix qui sont alors faits. Lors de ces conflits apparaissent en effet les figures rhétoriques et sociales du traître, du renégat et du rebelle. S’il était, dans certaines situations, parfaitement accepté socialement et légitime politiquement de changer de patron, de rompre son amitié, de se convertir, de désobéir à son prince, pourquoi ces choix sont-ils parfois qualifiés dans l’ordre de la trahison ? Tantôt, ces catégories semblent n’avoir aucune efficacité ; tantôt au contraire, elles atteignent leur cible, et discréditent les individus visés.

Nous proposons donc de réfléchir à ces trois figures de la trahison à partir de cas précis, afin de souligner ce qu’elles ont en commun : celle de l’espion ou de l’ennemi de l’intérieur, qui s’allie avec un ennemi qui est ici, toujours, l’étranger ; celle du rebelle, de l’insurgé, du révolté, qui mobilise la figure du sujet ingrat ou du traître à la communauté ; celle enfin du renégat ou de l’impie, qui choisit une allégeance religieuse qui met en péril la cohésion d’une communauté. Chaque fois, ces figures, qui parfois se rejoignent et s’entremêlent, pourront être étudiées à toutes les échelles spatiales, et dans tous les univers sociaux, y compris les plus ordinaires.

Nous pensons que les figures du « traître », du « renégat » et du « rebelle » gagnent à être comprises, non pas comme des donnés objectifs, liés à un type de comportement qui entraînerait la catégorisation, mais comme le résultat de stratégies discursives, et le produit de situations, dans lesquelles on parvient à assigner cette identité à son ennemi. Il s’agit donc de s’interroger sur les situations sociales et politiques précises dans lesquelles ces accusations peuvent être portées, sur les types de comportements qui peuvent y conduire et en rendre le succès plus ou moins probable, mais aussi sur les rapports de force qui permettent ou non à ces insultes d’avoir prise ; sur la manière dont, enfin, ces catégories peuvent être utilisées les unes par rapport aux autres ou les unes contre les autres. Ce faisant, c’est alors la légitimité d’un ensemble de pratiques politiques concrètes d’opposition que l’on pourra interroger du point de vue des acteurs et de leur culture politique propre.

Trois ordres d’interrogations nous paraissent ainsi émerger :

  • Le premier s’efforce de comprendre les motivations du traître. Pourquoi et comment choisit-on une allégeance au profit d’une autre ? Les agents choisissent-ils en fonction d’un simple calcul coût/avantage et d’une évaluation des différents risques ? La trahison est-elle toujours motivée par l’espoir d’un gain, et le cas échéant, de quelle nature est-il ? Des logiques de l’ordre de la rationalité en valeur priment-elles parfois sur la rationalité en finalité ?
  • Un deuxième ensemble s’efforce de comprendre la manière dont les « trahis » appréhendent et qualifient le « traître ». Selon quelles logiques la (dis)qualification comme « traître » s’opère-t-elle et dans quels contextes s’avère-t-elle efficace ? Quels argumentaires les « traîtres » déploient-ils en retour face à ces qualifications ?
  • Le troisième ensemble concerne les déclinaisons différenciées – ou à l’inverse, les similarités – des figures de la trahison. Observe-t-on des figures transversales aux groupes sociaux et différentes relations de fidélité ? La « trahison » est-elle un invariant social, ou l’emploi réitéré du terme cache-t-il au contraire des pratiques fortement distinctes ? La nature du lien trahi – social, politique, religieux… – a-t-il une incidence sur la reformulation des liens sociaux qui suit l’acte de trahison ?

La périodisation qui a été retenue pour cette journée permettra d’interroger ces logiques à l’oeuvre depuis les grands conflits sociaux et religieux des xve et xvie siècles jusqu’à l’émergence de l’État-nation, longtemps interprétée, dans une logique modernisatrice, comme celle du progrès constant du pouvoir de l’État. Par nos travaux, nous souhaitons à la fois libérer la figure du « traître » et du « rebelle » de l’époque moderne d’une lecture contemporaine, qui l’interprète, de manière automatique, comme celui qui se détournerait de son prince et de l’État dont il est le sujet, mais aussi interroger le bien-fondé de cette conception objective de la définition de ces figures pour la période post-révolutionnaire.

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