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Soutenance de thèse de Delphine Froment

Delphine Froment soutient sa thèse, « La fabrique du Kilimandjaro. Savoirs géographiques, représentations et constructions impériales en Afrique de l’Est au xixe siècle », réalisée sous la direction d’Hélène Blais, le vendredi 10 décembre 2021 à 14 h (salle Paul Celan, École Normale Supérieure, 45 rue d’Ulm, Paris 5e ; rez-de-chaussée, couloir entre les escaliers A et B), et sera suivie d’un pot. Le pass sanitaire ainsi qu’un masque seront requis.

En raison des capacités de la salle Celan, et des circonstances actuelles, la soutenance en elle-même pourra rassembler 50 personnes au maximum. Un Zoom pour suivre cette soutenance à distance pourra néanmoins être mis en place.

Si vous souhaitez assister à la soutenance, en présentiel (dans la limite des places disponibles), ou par Zoom, ainsi qu’au pot de thèse, merci de l’indiquer à Delphine Froment avant le 26 novembre 2021 au plus tard par le biais de ce formulaire.

Le jury sera composé de :

  • Mme Hélène Blais, professeure des universités, École Normale Supérieure
  • M. Richard Drayton, full professor, King’s College de Londres
  • Mme Camille Lefebvre, directrice de recherche, CNRS
  • M. Henri Médard, professeur des universités, Aix-Marseille Université
  • Mme Isabelle Surun, professeure des universités, Université de Lille
  • M. Jakob Vogel, full professor, Centre Marc Bloch de Berlin

Résumé de la thèse
La fabrique du Kilimandjaro. Savoirs géographiques, représentations et constructions impériales en Afrique de l’Est au xixe siècle

Cette thèse porte sur le processus d’invention et de construction des territoires d’Afrique de l’Est dans un contexte où, au xixe siècle, la présence européenne, de plus en plus importante, aboutit à la colonisation. L’analyse porte plus précisément sur la région du Kilimandjaro, qui offre un cadre d’observation particulièrement intéressant. Alors que l’hinterland est-africain est déjà sillonné par de multiples routes caravanières, dont certaines font du Kilimandjaro une étape importante, ce haut massif (5 895 mètres, ce qui en fait le plus haut sommet du continent) reste longtemps inconnu des Européens. Observé pour la première fois par un missionnaire en 1848, il suscite vite l’intérêt de la scène géographique européenne, d’abord à cause de ses neiges – dont certains doutent de l’existence, ce qui alimente une importante controverse –, mais aussi du fait de sa qualité d’objet-montagne – phénomène topographique apprécié de savants européens imprégnés des pratiques et approches humboldtiennes, qui y voient un excellent laboratoire à ciel ouvert pour étudier la nature. Arpenté dans la seconde moitié du xixe siècle par des explorateurs britanniques et allemands, qui s’appuient sur des guides, porteurs, interprètes et informateurs, le Kilimandjaro devient un élément central dans les imaginaires européens qui se forgent sur l’Afrique de l’Est. Surtout, la montagne et ses multiples ressources suscitent un engouement impérial en Grande-Bretagne et en Allemagne : le Kilimandjaro est au centre du Scramble for Africa qui se joue en Afrique de l’Est dans les années 1880. Finalement intégré à l’Afrique orientale allemande, il est présenté comme le joyau de l’empire colonial allemand, et reste longtemps un symbole pour l’Allemagne même après la perte de ses colonies en 1919.

L’objectif est ainsi de retracer la construction géographique, scientifique et politique du Kilimandjaro sous l’impulsion européenne, et la manière dont il a gagné une importance telle dans les représentations qu’il est devenu une métonymie géographique signifiante de l’empire allemand. Un premier axe de recherche porte sur l’élaboration des savoirs géographiques et cartographiques sur cette région, et sur l’invention du massif du Kilimandjaro, tant par les Européens que par les Africains qui y vivent ou y circulent et qui ont pu jouer un rôle d’informateurs. Cette thèse montre que les représentations européennes ainsi forgées sont largement tributaires de celles des populations est-africaines que les acteurs occidentaux rencontrent – mais tendent aussi, en retour, à s’imposer localement et à influencer certaines pratiques est-africaines. Un deuxième axe de cette recherche porte sur l’impéria­lisme en Afrique de l’Est, et la manière dont ces savoirs géographiques et représentations spatiales ont eu par la suite une influence sur la manière de délimiter et gérer les territoires impériaux britannique et allemand mis en place à partir de la fin des années 1880.

Si cette thèse, en s’insérant dans l’histoire des sciences, de l’exploration et de l’alpinisme, propose une histoire de la construction du Kilimandjaro, elle fait aussi le pari de la haute valeur heuristique de cette montagne pour l’histoire de l’Afrique de l’Est entre le xixe siècle et le début du xxe siècle. Au travers du Kilimandjaro, saisi comme objet-géographique et territoire en construction, cette étude entend contribuer à une meilleure compréhension des dynamiques sociales, politiques, économiques et culturelles qui, plus largement, se jouent alors dans cette partie du continent africain.

Mots clés : Histoire impériale, histoire de la colonisation allemande, histoire globale, exploration, expéditions scientifiques, savoirs géographiques, géographie, cartographie, histoire des sciences, territoires, Kilimandjaro, Afrique de l’Est, 19e siècle, 20e siècle


Abstract
The Making of Kilimanjaro : Geographical Knowledge, Representations and Imperial Constructions in 19th Century East Africa

This PhD focuses on the process of invention and construction of East African territories in a context where, in the 19th century, the growing European presence led to colonisation. The analysis focuses on the Kilimanjaro region, which offers a particularly interesting framework for observation. Although the East African hinterland was already crisscrossed by numerous caravan routes, some of which made Kilimanjaro an important stopover, this high massif (5,895 metres, making it the highest peak on the continent) was unknown to Europeans prior to the 19th Century. Observed for the first time by a missionary in 1848, it quickly aroused the interest of the European geographical scene, firstly because of its snow – the existence of which some doubted, fuelling a major controversy – but also because of its quality as a mountain-object – a topographical phenomenon appreciated by European scientists steeped in Humboldtian practices and approaches, who saw it as an excellent open-air laboratory in order to study nature. Surveyed in the second half of the 19th century by British and German explorers, who relied on guides, porters, interpreters and informers, Kilimanjaro became a central element in the European imagination of East Africa. Above all, the mountain and its many resources aroused an imperial enthusiasm in Great Britain and Germany : Kilimanjaro was at the centre of the Scramble for Africa played out in East Africa in the 1880s. Eventually integrated into German East Africa, it was presented as the jewel of the German colonial empire, and remained a symbol for German pride for a long time even after the loss of its colonies in 1919.

The aim is thus to trace the geographical, scientific and political construction of Kilimanjaro under European sway, and the way in which it gained such importance in representations that it became a geographical metonym of the German empire. The first line of research focuses on the development of geographical and cartographic knowledge about this region, and on the invention of the Kilimanjaro massif, both by Europeans and by Africans who lived or travelled there and who were able to play a role as informants. This PhD tends to show that the European representations forged in this way were largely dependent on those of the East African populations that the Western actors encountered – but they also tended, in return, to impose themselves locally and to influence certain East African practices. A second focus of this research is on imperialism in East Africa, and the way in which the geographical knowledge and spatial representation subsequently influenced the way in which the British and German imperial territories (established from the late 1880s onwards) were delimited and managed.

While this PhD, by inserting itself into the history of science, exploration and mountaineering, proposes a history of the making of Kilimanjaro, it also bets on the high heuristic value of this mountain for the history of East Africa between the 19th and the beginning of the 20th century. Through this mountain, seen as a geographical object and a territory under construction, this study aims to contribute to a better understanding of the social, political, economic and cultural dynamics that were at play in this part of the African continent.

Keywords : Imperial history, history of German colonisation, global history, exploration, scientific expeditions, geographical knowledge, geography, cartography, territories, history of science, Kilimanjaro, East Africa, 19th century, 20th century

Publié le 19 novembre 2021, mis a jour le vendredi 26 novembre 2021

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