Accueil du site IHMC

Accueil > Ressources > Productions multimédia > Invisibilisation des femmes pauvres

Partager cette page :

Bilan de l’atelier par Pierre Serna

Cette page présente la synthèse réalisée par Pierre Serna à l’issue de l’atelier « Invisibilisation des femmes pauvres : hier, aujourd’hui et… demain ? » organisé par le groupe Panthéon-Sorbonne ATD Quart Monde.

Version .pdf de ce texte (205 ko)

La visio-conférence organisée à l’initiative de quelques étudiantes de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, relayée par le groupe de travail ATD Quart Monde – Sorbonne le 28 avril 2020, en plein confinement, a réuni par moment plus de cent personnes.

Le thème en était l’invisibilité des femmes pauvres. Elle a répondu à l’objectif, fixé avec les étudiantes impliquées dans la lutte contre la pauvreté et celles engagées pour la reconnaissance des droits des femmes, de penser ensemble la particularité au sein de la pauvreté de la précarité extrême de ces personnes souvent invisibles, voire disparues de l’espace social que sont les femmes indigentes.

La rencontre, longtemps préparée en amont, reflétait la pluridisciplinarité du groupe de travail, tout en laissant une large place au débat, par des interventions théoriques, mais aussi des témoignages précieux d’actrices de la reconquête de leur dignité tout en laissant un débat se construire sur ce chantier, loin d’être refermé.

La parole a été donnée à des femmes elle- mêmes pour décrire le phénomène d’invisibilité, construction sociale complexe, avec des formes et des raisons multiples, doublement difficile à aborder puisque le sujet est caché, non montré.

Ainsi Michèle Perrot, historienne du fait social, de la pauvreté, de la marginalité a posé les fondements de la réflexion.

Diane Roman, spécialiste du droit des pauvres et des pauvres de droit, experte sur les problèmes liant le droit et la question des femmes, a poursuivi la réflexion en l’ancrant dans le présent des inégalités de genre.

Le témoignage de Moreane Roberts, ayant vécu la pauvreté, a éclairé de façon concrète une expérience réelle en lui conférant toute sa densité d’expérience vécue.

Enfin Naomi Anderson a terminé cette première présentation par le récit de son travail auprès des plus défavorisées, présentant son action concrète et sa détermination à lutter contre ce fléau.

C’est donc un triple parcours qui a été proposé à notre réflexion par les intervenantes. Il en est résulté le fil directeur de cette réunion :

  • Penser les conditions de l’invisibilisation de toute une partie de la population en fonction de sa précarité sociale et de son genre.
  • Aborder les formes de sortie de ce point aveugle social pour se donner les moyens intellectuels, voire scientifiques, de lutter pour redonner vie à ces personnes dans le champ social, tout en produisant les éléments du savoir permettant l’étude des processus de cette double exclusion.
  • Comprendre comment, loin d’être seulement des victimes, ces femmes en grande difficulté étaient et sont actrices de leur vie, et ont toujours posé un regard objectif sur leur condition et les façons de sortir de leur situation, en affirmant leur rôle social et leur utilité dans la perspective de la construction d’un bien commun.

Pour ce faire, il fallait pour commencer par un éclairage historique. Michèle Perrot, engagée doublement et de longue date contre la pauvreté et pour la reconnaissance des femmes dans l’histoire, a offert une magistrale leçon de méthode incluant de façon rigoureuse aussi bien l’imaginaire des contes de fée que les études statistiques sur les enquêtes concernant les femmes au travail dans ses formes les plus pénibles C’était rendre une profondeur historique importante et poser le socle de la réflexion

Ensuite il est revenu à Diane Roman,  de livrer une intervention sur la question des répartitions des tâches ménagères et des formes invisibles du travail non rémunéré des femmes au sein des cercles familiaux, avec des conséquences évidentes sur leur carrière. Prémonitoire, la conclusion de la professeure juriste insistait sur la reconquête… par les hommes de leur place, expliquant que l’émancipation des femmes ne passerait aussi que par celle des hommes. Quelques mois plus tard, les législateurs viennent d’accorder des congés paternels plus conséquents à la naissance de chaque enfant comme illustration du propos tenu.

Vinrent ensuite les témoignages de Moraene Roberts, hélas décédée en janvier 2020, mais dont la parole éclairait bien des points enfouis et non vus de notre réel. Comment l’aide et la solidarité peuvent-ils créer de la richesse invisible et productrice d’économie pour la société ? Comment faire pour reconnaitre ce travail non perçu et pourtant bien réel ?

Enfin, depuis Marseille, Naomi Anderson nous a partagé son travail auprès des femmes en grande difficulté, expliquant leur détresse à se faire reconnaitre, à se faire entendre, à se faire tout simplement voir, demeurant dans le thème de la journée. Ce témoignage nourri de tant d’expériences traversées a illustré de la façon la plus simple mais aussi la plus pertinente qui soit les difficultés du quotidien et la difficile matérialité de vies précaires, n’aspirant qu’à la simple reconnaissance de leur dignité existentielle.

Le débat s’est ouvert sur les processus progressifs d’invisibilisation des femmes dans une société pourtant saturée d’images. La dialectique « rendre visible, devenir invisible » a occupé la réflexion situant la complexité du débat et la nécessité non seulement de le poser mais de le poursuivre, en approfondissant notre travail interdisciplinaire et nos rencontres au sein du groupe ATD Quart Monde Sorbonne.

Documents joints

Publié le 2 décembre 2020, mis a jour le jeudi 10 décembre 2020

Version imprimable de cet article Version imprimable